Les prophètes en général, les Cassandre en particulier, sont rarement bien accueillis. Cela tombe bien, je n'ai nullement l'intention de faire des prophéties. Comme chacun sait, si tout un chacun se sent capable de refaire l'histoire - parfois hélas en la récrivant plus ou moins complètement - c'est beaucoup plus difficile, voire impossible, de prévoir l'avenir: c'est bien dommage, en particulier pour tous les experts ou prétendus tels.
La chute du mur de Berlin.
Certains ont cru voir dans la chute du mur de Berlin la fin de l'histoire. Ce qui est plus vraisemblable, c'est que c'est la fin d'une histoire, la confrontation bloc contre bloc, comme finalement dans toute l'histoire où se sont affrontés plusieurs empires, avec des armes similaires. Dans le conflit type "guerre froide", c'était idéologie contre idéologie, capitalisme contre communisme, libéralisme contre plan, mais surtout "muscles" contre "muscles", production (en particulier d'armes) contre production. Sur ce dernier plan, l'inefficacité notoire de la planification soviétique a fini par apparaître au plein jour: il n'y a qu'à voir la différence qu'il pouvait y avoir entre l'ex Allemagne de l'Est et celle de l'Ouest.
Le capitalisme ayant vaincu par abandon de l'adversaire, et n'ayant plus de repoussoir faire-valoir, certains ont décrété la fin de la partie. C'était sans compter sur la malice de l'histoire, et les capacités adaptatives des hommes. en effet, alors que, historiquement, le libéralisme, dans sa version la plus ancienne - celle du capitalisme industriel - était censée être liée à des pratiques démocratiques - la mondialisation allait changer tout cela. Qui aurait pu prétendre, il n'y a guère que 15 ans, que après 40 ans de maoïsme, la Chine allait prendre l'essor qu'elle connaît actuellement, tout en restant sous la loi d'airain d'un parti unique tout puissant. Sans être un expert de la Chine, je ne crois pas que les droits de l'homme aient progressé de concert avec la formidable expansion économique de ce pays. Faut-il en conclure que le développement actuel de la Chine est un indicateur de ce qui attend l'ensemble du monde: un système productif efficace, mais qui semble se soucier comme d'une guigne des droits sociaux et des atteintes, parfois irrémédiables, faites à l'environnement.
Après le capitalisme, quoi donc?
Après le mouvement "anti-mondialiste", transformé - avant que le ridicule ne tue cette dénomination - en mouvement alter-mondialiste - ce que tout un chacun peut admettre, dès lors qu'on peut mettre ce que l'on veut derrière, voilà qu'on annonce, ou qu'on réclame, la fin du capitalisme.
Il est malheureusement plus facile, et sans doute plus rassembleur, d'être contre quelque chose que de proposer autre chose. A ma connaissance, je ne connais qu'une petite équipe qui s'est efforcée d'aller jusqu'au bout de ces idées 'anti-capitalistes', en proposant un système, sans aucun doute critiquable sur de nombreux points, mais intéressant, je veux parler du "sociétalisme" cher à Holbecq. Certaines de ses idées sont issues du distributisme, d'autres essaient de démonter le système monétaire 'occidental', en reprenant l'idée d'une monnaie liée à la consommation - qui a montré ses limites dans l'économie soviétique.
L'idée de son Revenu d'Existence - que j'avais proposé sous une autre forme il y a 15 ans sous la forme du Revenu Minimum de Dignité - n'est pas non plus sans intérêt.
Le capitalisme est-il réformable?
Mais en dehors de cette tentative, fort louable, de construire un système qui pourrait peut être s'envisager - ou en tout cas que l'on peut critiquer, et amender - les tenants purs et durs de l'anti-capitalisme ralliés autour de notre postier national ne proposent rein, sinon de l'anti.
De nombreuses voix se sont élevés contre les dérives du capitalisme - dérives ou défauts intrinsèques, on peut en discuter - et en particulier contre les dérives du capitalisme financier actuel. En fait, je ne pense pas que le capitalisme soit véritablement réformable, au sens où il y aura toujours des scandales et des injustices. On peut cependant le réguler, et éviter ainsi les crises qui ont parsemé les 20 dernières années.
Faire la chasse au capitalisme financier : pour l’euthanasie des spéculateurs
Comme je l’ai écrit par ailleurs, à partir du moment où l’homme et sont travail sont les oubliés du système, des systèmes, et où l’on pense – comme les modèles financiers – que l’argent va à l’argent, indépendamment du contexte économique, on court à la catastrophe, économique, sociale, et politique. Une façon de réguler le capital, c’est bien de le taxer, fortement, voire uniquement, et de ne pas taxer, ou très peu, le travail. Il est faux que le ‘capital’ a un mérite en soi, qui permettrait à ses détenteurs de ‘réclamer’ son dû. Ce n’est pas seulement l’euthanasie des rentiers qu’il faut réclamer, mais l’euthanasie des investisseurs, dès lors que ces derniers pensent pouvoir retirer de leurs économies ou de leur épargne – justement ou injustement gagnée, peu importe ici – plus que ce que produit l’économie réelle. Les modèles informatiques construits sur des théories financières abstraites ont fait perdre la tête à des pseudo-experts croyant tout connaître, ou incapables de reconnaître qu’ils ne maîtrisent plus leurs propres modèles. Que des milliards d’euros aient été perdus par des investisseurs grugés par Maldof ne me semblerait qu’un juste retour des choses : croire que l’on peut gagner durablement plus que 2 ou 3 fois le taux de croissance réel de l’économie est évidemment stupide : si on est le seul, c’est possible, cela s’appelle délit d’initié, si des millions le pensent, c’est tout bonnement débile. Mais les ravages qu’un tel scandale va faire sur l’économie réelle, ou ce qui en reste, sont difficilement calculables.
Pour un ‘encadrement’ des rendements.
Je ne sais pas s’il est possible de revenir au capitalisme entrepreneurial – je ne suis pas sûr qu’il ait vraiment existé. Mais je n’ai pas la même antipathie pour celui qui va investir jusqu’à sa chemise pour mettre sur pied un projet auquel il tient que pour celui qui a confié 10 ou 20 millions d’euros à un fonds d’investissement lui ‘garantissant’ du 10%. Une recette, pour terminer. De même que je juge condamnable le fait de prêter de l’argent à un taux usuraire, de même je pense qu’il devrait être interdit de faire miroiter à des investisseurs potentiels des gains potentiels sans aucun rapport avec ce que l’on peut attendre de l’économie réelle. Si l’économie croît à 4%, aucun rendement ne devrait être proposé à plus du double – l’escroquerie n’étant jamais loin – aucun prêt non plus – l’exploitation étant évidemment là. Dans les deux cas, on exploite la crédulité ou la faiblesse, soit des emprunteurs, soit des épargnants. C’est sans doute moins grave à court terme pour les épargnants, à long terme les dégâts sont aussi importants.
mercredi 17 décembre 2008
mardi 2 décembre 2008
Ideologies et science economique
Idéologies et Science Economique.
Au risque de paraître enfoncer des portes ouvertes, les doctrines et théories économiques véhiculent toutes une idéologie sous-jacente, quand ce n’est pas des dogmes purs et durs.
Etant sans doute plus candide que la plupart, ce fut un choc pour moi de constater, au cours d’une querelle entre deux théoriciens, P. Samuelson de Cambrige (Boston :USA) et J. Robinson de Cambridge (U.K.) que ce fut le plus idéologue des deux qui l’emporta – et qui obtint le Prix Nobel d’Economie. Le sujet n’était pourtant pas sans intérêt, puisqu’il portait sur la justification théorique de la rentabilité du capital, et donc sur la justification du partage des revenus entre salaires et profits.
La seule ‘vérité’ en ce domaine n’était ni technique, ni scientifique, mais sociale. Le partage salaires-profits est ‘indéterminé’, c’était du moins la position – que personne n’a pu contredire ‘scientifiquement’ – de Joan Robinson, disciple de J.M. Keynes. Certains ont cru pouvoir tirer de cet argument une justification de la lutte des classes, en oubliant ‘idéologiquement’ le rôle des entrepreneurs dans le système productif, qu’il soit plutôt ‘capitaliste’ ou plutôt ‘communiste’.
La Science Economique n’existe pas.
En fait, même si de grands scientifiques ont abordé les thèmes économiques, il n’existe pas réellement de Science Economique. J’irai même jusqu’à dire qu’il ne peut exister une telle Science, au sens où aucune science ne devrait être idéologique.
La physique atomique peut revendiquer le qualificatif de science – même si cela n’implique pas que les physiciens soient tous des scientifiques – car elle peut être ‘objective’, le sort des particules élémentaires, des bosons ou autres quarks ne préoccupant pas grand monde, au contraire de celui des êtres humains, voire des chiens et des chats.
Au contraire, en ce qui concerne les sciences humaines, et plus particulièrement l’économie, l’objectivité totale est exclue, puisqu’il est impossible d’assurer une totale indépendance entre l’observateur et les phénomènes observés.
Cela n’enlève rien, bien sûr, à la qualité de l’analyse de certains grands économistes du passé, D. Ricardo, J.S. Mill, K. Marx, Schumpeter, Keynes. C’est ainsi que l’on doit à Karl Marx une analyse extraordinaire du développent du capitalisme industriel du début du XIXème siècle. Mais sa vision d’une société sans classes était évidemment purement idéologique, voire dogmatique, puisque ne correspondant à rien de ce que l’on savait déjà à l’époque de la nature humaine. Un des plus lucides à ce sujet s’avère sans doute être Keynes, qui n’a jamais réellement prétendu que l’économie était une science, mais un ensemble de bouts de théories et de boîtes à outils.
Libéralisme vs. Economie planifiée.
A l’occasion de la crise actuelle, financière, monétaire puis économique, certaines querelles dogmatiques, que l’on espérait dépassées, ont revu le jour, en particulier sur le rôle, bénéfique ou non, du libéralisme – assimilé sans vergogne au capitalisme.
Les faits sont pourtant têtus, aux dires même de Lénine (qui savait pourtant les oublier, quand ces mêmes faits le dérangeaient). Le libéralisme, au moins jusqu’à aujourd’h,ui, et en dépit de sa myopie, et des dégâts sociaux qu’il a parfois entraînés s’est montré plus efficace – il faudrait certes mieux définir cette efficacité – que tout autre système économique, en particulier ceux à base de planification étatique.
Mais cela ne justifie nullement que ce libéralisme soit le meilleur système possible, en tout cas cela n’a pas été ‘démontré’ scientifiquement, et cela ne pourra jamais l’être – pour les raisons exposées plus haut.
La carte n’est pas le territoire
Une des premières idées que je tente de faire passer à mes étudiants quand j’aborde la question de la modélisation, c’est que aucun modèle ne peut couvrir tous les aspects de la réalité, et donc que ‘la carte n’est pas le territoire’.
Le plus grand danger étant d’oublier l’objectif du modèle et les a-priori (voire l’idéologie) sous-jacents.
On connaît bien sûr les tares en ce domaine des modèles économiques néo-classiques, celui de l’équilibre général en particulier. Mais le modèle hongrois, et son application soviétique, de l’économie planifiée est sans doute pire encore, car il repose sur une méconnaissance totale – volontaire ou non – de la nature humaine, à savoir la volonté égalitaire des êtres humains.
A. Smith misait sur l’égoïsme individuel – réalité indiscutable – pour essayer de construire un optimum collectif – ce qui est évidemment une gageure. Mais miser sur un altruisme individuel pour aboutir à un optimum collectif, même si ce but apparaît plus noble, est à l’évidence stupide. L’homme a plusieurs facettes, il n’est ni démon, ni ange, et un modèle, ou des actions concrètes, qui ne prendraient pas cette dualité en compte ne peut que conduire à des catastrophes.
Chassons donc l’idéologie de nos pensées, ou si ce n’est pas possible sachons la reconnaître, pour éviter de faire croire à l’homme de la rue, au citoyen ordinaire, à vous et à moi, que les experts ‘savent’, et que le ‘bon sens populaire’ ne peut rien comprendre aux ‘grands évènements’ de notre temps. Ce n’est qu’à cette condition que la confiance – peut être limitée, et sous conditions – peut revenir. Et la confiance, c’est ce dont on manque le plus en ces moments de crise.
Dans le cas contraire, les idéologies se révèleront effectivement le ‘meilleur ennemi’ de l’économie.
Au risque de paraître enfoncer des portes ouvertes, les doctrines et théories économiques véhiculent toutes une idéologie sous-jacente, quand ce n’est pas des dogmes purs et durs.
Etant sans doute plus candide que la plupart, ce fut un choc pour moi de constater, au cours d’une querelle entre deux théoriciens, P. Samuelson de Cambrige (Boston :USA) et J. Robinson de Cambridge (U.K.) que ce fut le plus idéologue des deux qui l’emporta – et qui obtint le Prix Nobel d’Economie. Le sujet n’était pourtant pas sans intérêt, puisqu’il portait sur la justification théorique de la rentabilité du capital, et donc sur la justification du partage des revenus entre salaires et profits.
La seule ‘vérité’ en ce domaine n’était ni technique, ni scientifique, mais sociale. Le partage salaires-profits est ‘indéterminé’, c’était du moins la position – que personne n’a pu contredire ‘scientifiquement’ – de Joan Robinson, disciple de J.M. Keynes. Certains ont cru pouvoir tirer de cet argument une justification de la lutte des classes, en oubliant ‘idéologiquement’ le rôle des entrepreneurs dans le système productif, qu’il soit plutôt ‘capitaliste’ ou plutôt ‘communiste’.
La Science Economique n’existe pas.
En fait, même si de grands scientifiques ont abordé les thèmes économiques, il n’existe pas réellement de Science Economique. J’irai même jusqu’à dire qu’il ne peut exister une telle Science, au sens où aucune science ne devrait être idéologique.
La physique atomique peut revendiquer le qualificatif de science – même si cela n’implique pas que les physiciens soient tous des scientifiques – car elle peut être ‘objective’, le sort des particules élémentaires, des bosons ou autres quarks ne préoccupant pas grand monde, au contraire de celui des êtres humains, voire des chiens et des chats.
Au contraire, en ce qui concerne les sciences humaines, et plus particulièrement l’économie, l’objectivité totale est exclue, puisqu’il est impossible d’assurer une totale indépendance entre l’observateur et les phénomènes observés.
Cela n’enlève rien, bien sûr, à la qualité de l’analyse de certains grands économistes du passé, D. Ricardo, J.S. Mill, K. Marx, Schumpeter, Keynes. C’est ainsi que l’on doit à Karl Marx une analyse extraordinaire du développent du capitalisme industriel du début du XIXème siècle. Mais sa vision d’une société sans classes était évidemment purement idéologique, voire dogmatique, puisque ne correspondant à rien de ce que l’on savait déjà à l’époque de la nature humaine. Un des plus lucides à ce sujet s’avère sans doute être Keynes, qui n’a jamais réellement prétendu que l’économie était une science, mais un ensemble de bouts de théories et de boîtes à outils.
Libéralisme vs. Economie planifiée.
A l’occasion de la crise actuelle, financière, monétaire puis économique, certaines querelles dogmatiques, que l’on espérait dépassées, ont revu le jour, en particulier sur le rôle, bénéfique ou non, du libéralisme – assimilé sans vergogne au capitalisme.
Les faits sont pourtant têtus, aux dires même de Lénine (qui savait pourtant les oublier, quand ces mêmes faits le dérangeaient). Le libéralisme, au moins jusqu’à aujourd’h,ui, et en dépit de sa myopie, et des dégâts sociaux qu’il a parfois entraînés s’est montré plus efficace – il faudrait certes mieux définir cette efficacité – que tout autre système économique, en particulier ceux à base de planification étatique.
Mais cela ne justifie nullement que ce libéralisme soit le meilleur système possible, en tout cas cela n’a pas été ‘démontré’ scientifiquement, et cela ne pourra jamais l’être – pour les raisons exposées plus haut.
La carte n’est pas le territoire
Une des premières idées que je tente de faire passer à mes étudiants quand j’aborde la question de la modélisation, c’est que aucun modèle ne peut couvrir tous les aspects de la réalité, et donc que ‘la carte n’est pas le territoire’.
Le plus grand danger étant d’oublier l’objectif du modèle et les a-priori (voire l’idéologie) sous-jacents.
On connaît bien sûr les tares en ce domaine des modèles économiques néo-classiques, celui de l’équilibre général en particulier. Mais le modèle hongrois, et son application soviétique, de l’économie planifiée est sans doute pire encore, car il repose sur une méconnaissance totale – volontaire ou non – de la nature humaine, à savoir la volonté égalitaire des êtres humains.
A. Smith misait sur l’égoïsme individuel – réalité indiscutable – pour essayer de construire un optimum collectif – ce qui est évidemment une gageure. Mais miser sur un altruisme individuel pour aboutir à un optimum collectif, même si ce but apparaît plus noble, est à l’évidence stupide. L’homme a plusieurs facettes, il n’est ni démon, ni ange, et un modèle, ou des actions concrètes, qui ne prendraient pas cette dualité en compte ne peut que conduire à des catastrophes.
Chassons donc l’idéologie de nos pensées, ou si ce n’est pas possible sachons la reconnaître, pour éviter de faire croire à l’homme de la rue, au citoyen ordinaire, à vous et à moi, que les experts ‘savent’, et que le ‘bon sens populaire’ ne peut rien comprendre aux ‘grands évènements’ de notre temps. Ce n’est qu’à cette condition que la confiance – peut être limitée, et sous conditions – peut revenir. Et la confiance, c’est ce dont on manque le plus en ces moments de crise.
Dans le cas contraire, les idéologies se révèleront effectivement le ‘meilleur ennemi’ de l’économie.
lundi 17 novembre 2008
Des fonds souverains a la francaise
N. Sarkozy est un magicien. Un magicien des mots, tout d'abord, car il a l'art de reprendre au bond des idées , même s'il les détourne parfois de leur sens originel, un magicien des actes, aussi, car il lance des propositions d'action en moins de temps qu'il n'en faut au PS pour continuer à se ridiculiser dans sa guerre des chefs, des sous-chefs, des courants, des motions, au moment même où la France entière se demande ce que la crise va lui apporter, et plus encore lui enlever.
Au delà de cette magie, qui montre à l'évidence une grande intelligence politique de notre président, que reste-t'il, en dehors d'une admiration pour son activisme et ses talents de leader - pas toujours appréciés par ses collègues chefs d'Etat ou de Gouvernement.
Un fonds souverain, késaco?
Les fonds souverains ou fonds "d'état", sont connus depuis longtemps, mais ont été remis au goût du jour par les émirats et plus généralement par les pays pétroliers riches en devises et pétro-dollars. Ils désignent en fait tous les fonds d'investissement détenus par un état. Les fonds en "pétro-dollars" (875 milliards de dollars pour les seuls Emirats Arabes Unis)représentaient en 2008 les 2/3 des fonds souverains globaux, dont le montant est lui-même estimé à 2800 milliards d'euros, ou encore 1,5% du montant total les titres financiers mondiaux (actions, obligations et dépôts bancaires). On prévoyait, avant la crise, leur doublement en 4 ans, leur quadruplement d'ici 2015.
Les fonds souverains, un moyen d'action, défensif ou offensif?
Ils ne jouent pas tous le même rôle, certains, comme les fonds norvégiens (près de 300 milliards d'euros), sont par ailleurs en train d'évoluer, d'un rôle 'financier' classique - prise de participation dans diverses entreprises internationales - à un rôle plus innovant : soutien d'entreprises du secteur de la biodiversité et énergies renouvelables. On peut cependant les classer en deux catégories: les fonds offensifs, comme les fonds chinois, qui prennent ou tentent de prendre des participations dans des grandes entreprises internationales, le plus souvent américaines (ce qui aide ainsi, par ailleurs, les USA à rééquilibrer leur balance des paiements). Et les fonds défensifs, dans lesquels on pourrait ranger le projet de fonds français, ont pour but affiché d'empêcher des prédateurs indésirables d'acquérir - à bon compte en cas de baisse importante du marché boursier - une part importante des entreprises nationales.
Que faut-il penser du fonds souverain à la française?
Une première caractéristique, qui n'a évidemment pas échappé aux critiques, est son mode de financement. Les fonds souverains existant reposent tous - à l'exception peut être du fonds chilien (8 milliards d'euros seulement, dont une bonne part composée d'un fonds de retraite) - sur des excédents en devises ou au moins sur un excédent de la balance commerciale, jamais sur des déficits budgétaires ou commerciaux.
La deuxième propriété de ce fonds, annoncé par N. Sarkozy en octobre 2008, est d'avoir d'abord été imaginé par un ex-premier ministre socialiste, L. Fabius. Cela ne rend pas nécessairement stupide le projet, mais les critiques, ou prétendus tels, ne se sont évidemment pas privés d'en déduire que les idées du président français, bonnes ou mauvaises d'ailleurs, étaient rarement originales.
La vraie question cependant, est celle-ci: un tel fonds est-il utile? Si la réponse est positive, une deuxième question s'ensuit: un tel fonds est-il possible, vu le contexte économique français actuel?
De l'utilité d'un fonds souverain français.
L'objectif global de ce fonds, tel du moins que je l'ai compris, est assez clair. Il s'agit de venir en aide aux entreprises françaises, et par là-même à l'économie française. En tant que français, il est évidemment difficile d'être en désaccord avec un tel objectif, que ce soit ou non le rôle traditionnel de l'etat, du moins si un tel objectif peut être atteint.
Mais les quelques précisions apportées semblent insuffisamment précises, et peut être m^me contradictoires. Ainsi dire qu'il faut soutenir 'massivement' les entreprises stratégiques demanderait, pour être compris, quelques exemples concrets. S'il s'agit de défendre les entreprises du CAC40, pourquoi ne pas le dire, même si cet objectif, certes préférable au renflouement systématique des banques, ne m'apparaît pas essentiel. Si c'est pour empêcher d'éventuels prédateurs, on peut restreindre le droit de vote des actionnaires étrangers, ce dont ne se privent ni la Chine, ni les USA quand cela les arrange.
Si c'est, par ailleurs, pour refaire le plan calcul, de triste mémoire, en 'soutenant' de façon analogue l'industrie des semi-conducteurs, ce serait encore pire. L'etat peut preter de l'argent, voire même devenir actionnaire, mais, de grâce, laissons aux véritables entrepreneurs le soin d'entreprendre/ il s'agit de les aider à entreprendre, pas d'entreprendre à leur place.
Si, à l'inverse, ce fonds souverain a pour mission essentielle d'aider les PME, les bassins d'emploi et les pôles de compétence et de compétivité à se développer dans des secteurs porteurs - tels le Développement Durable, les énergies renouvelables, le re-développement des territoires (qui peut pesser par le financement d'infrastructure routières et surtout ferroviaires, le haut débit numérique, voire des structures d'acceul touristique) - alors ce serait une très bonne nouvelle.
Un fonds souverain français est-il possible?
Les finances de la France ne sont évidemment pas au mieux, mais si l'objectif stratégique défini plus haut: aider les PME et les territoires à de développer dans des secteurs porteurs, et relativement protégés d'une concurrence frontale, on pourra toujours trouver l'argent nécessaire. N'oublions pas que la création monétaire a pour but d'aider l'économie à se développer 'raisonnablement'. Et je continue à penser qu'il est plus raisonnable d'aider directement les entreprises - et les ménages, mais ceci est une autre question - que de compter sur les banques - autres acteurs monétaires - pour cela. Toute création monétaire doit être justifiée, certes, mais quelle meilleure justification que de soutenir des industries ou des services d'avenir, plutôt que de subventionner des banques qui ont perdu toute crédibilité et toute mesure dans la crise des marchés financiers.
Au delà de cette magie, qui montre à l'évidence une grande intelligence politique de notre président, que reste-t'il, en dehors d'une admiration pour son activisme et ses talents de leader - pas toujours appréciés par ses collègues chefs d'Etat ou de Gouvernement.
Un fonds souverain, késaco?
Les fonds souverains ou fonds "d'état", sont connus depuis longtemps, mais ont été remis au goût du jour par les émirats et plus généralement par les pays pétroliers riches en devises et pétro-dollars. Ils désignent en fait tous les fonds d'investissement détenus par un état. Les fonds en "pétro-dollars" (875 milliards de dollars pour les seuls Emirats Arabes Unis)représentaient en 2008 les 2/3 des fonds souverains globaux, dont le montant est lui-même estimé à 2800 milliards d'euros, ou encore 1,5% du montant total les titres financiers mondiaux (actions, obligations et dépôts bancaires). On prévoyait, avant la crise, leur doublement en 4 ans, leur quadruplement d'ici 2015.
Les fonds souverains, un moyen d'action, défensif ou offensif?
Ils ne jouent pas tous le même rôle, certains, comme les fonds norvégiens (près de 300 milliards d'euros), sont par ailleurs en train d'évoluer, d'un rôle 'financier' classique - prise de participation dans diverses entreprises internationales - à un rôle plus innovant : soutien d'entreprises du secteur de la biodiversité et énergies renouvelables. On peut cependant les classer en deux catégories: les fonds offensifs, comme les fonds chinois, qui prennent ou tentent de prendre des participations dans des grandes entreprises internationales, le plus souvent américaines (ce qui aide ainsi, par ailleurs, les USA à rééquilibrer leur balance des paiements). Et les fonds défensifs, dans lesquels on pourrait ranger le projet de fonds français, ont pour but affiché d'empêcher des prédateurs indésirables d'acquérir - à bon compte en cas de baisse importante du marché boursier - une part importante des entreprises nationales.
Que faut-il penser du fonds souverain à la française?
Une première caractéristique, qui n'a évidemment pas échappé aux critiques, est son mode de financement. Les fonds souverains existant reposent tous - à l'exception peut être du fonds chilien (8 milliards d'euros seulement, dont une bonne part composée d'un fonds de retraite) - sur des excédents en devises ou au moins sur un excédent de la balance commerciale, jamais sur des déficits budgétaires ou commerciaux.
La deuxième propriété de ce fonds, annoncé par N. Sarkozy en octobre 2008, est d'avoir d'abord été imaginé par un ex-premier ministre socialiste, L. Fabius. Cela ne rend pas nécessairement stupide le projet, mais les critiques, ou prétendus tels, ne se sont évidemment pas privés d'en déduire que les idées du président français, bonnes ou mauvaises d'ailleurs, étaient rarement originales.
La vraie question cependant, est celle-ci: un tel fonds est-il utile? Si la réponse est positive, une deuxième question s'ensuit: un tel fonds est-il possible, vu le contexte économique français actuel?
De l'utilité d'un fonds souverain français.
L'objectif global de ce fonds, tel du moins que je l'ai compris, est assez clair. Il s'agit de venir en aide aux entreprises françaises, et par là-même à l'économie française. En tant que français, il est évidemment difficile d'être en désaccord avec un tel objectif, que ce soit ou non le rôle traditionnel de l'etat, du moins si un tel objectif peut être atteint.
Mais les quelques précisions apportées semblent insuffisamment précises, et peut être m^me contradictoires. Ainsi dire qu'il faut soutenir 'massivement' les entreprises stratégiques demanderait, pour être compris, quelques exemples concrets. S'il s'agit de défendre les entreprises du CAC40, pourquoi ne pas le dire, même si cet objectif, certes préférable au renflouement systématique des banques, ne m'apparaît pas essentiel. Si c'est pour empêcher d'éventuels prédateurs, on peut restreindre le droit de vote des actionnaires étrangers, ce dont ne se privent ni la Chine, ni les USA quand cela les arrange.
Si c'est, par ailleurs, pour refaire le plan calcul, de triste mémoire, en 'soutenant' de façon analogue l'industrie des semi-conducteurs, ce serait encore pire. L'etat peut preter de l'argent, voire même devenir actionnaire, mais, de grâce, laissons aux véritables entrepreneurs le soin d'entreprendre/ il s'agit de les aider à entreprendre, pas d'entreprendre à leur place.
Si, à l'inverse, ce fonds souverain a pour mission essentielle d'aider les PME, les bassins d'emploi et les pôles de compétence et de compétivité à se développer dans des secteurs porteurs - tels le Développement Durable, les énergies renouvelables, le re-développement des territoires (qui peut pesser par le financement d'infrastructure routières et surtout ferroviaires, le haut débit numérique, voire des structures d'acceul touristique) - alors ce serait une très bonne nouvelle.
Un fonds souverain français est-il possible?
Les finances de la France ne sont évidemment pas au mieux, mais si l'objectif stratégique défini plus haut: aider les PME et les territoires à de développer dans des secteurs porteurs, et relativement protégés d'une concurrence frontale, on pourra toujours trouver l'argent nécessaire. N'oublions pas que la création monétaire a pour but d'aider l'économie à se développer 'raisonnablement'. Et je continue à penser qu'il est plus raisonnable d'aider directement les entreprises - et les ménages, mais ceci est une autre question - que de compter sur les banques - autres acteurs monétaires - pour cela. Toute création monétaire doit être justifiée, certes, mais quelle meilleure justification que de soutenir des industries ou des services d'avenir, plutôt que de subventionner des banques qui ont perdu toute crédibilité et toute mesure dans la crise des marchés financiers.
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L'Etat peut-il, doit-il, sauver le liberalisme?
‘Libéralisme’, Capitalisme et ‘Laisser-faire’.
Dans un article récent, Jean-Marie Harribey, membre d'Attac, s’appuie sur les liens historiques existant entre capitalisme et libéralisme, et en appelle aux mânes des grands ancêtres, Marx et Keynes, pour affirmer que le libéralisme ne peut être sauvé de son péché originel, la recherche du profit.
Dans une interview accordée à l’Humanité, Maurice Allais, préfère distinguer le ‘libéralisme’ du ‘laisser-fairisme’, en justifiant ainsi son ‘NON’ de 2005 à la Constitution Européenne. C’est le ‘laisser-faire’ ambiant qu’il faut rejeter, et donc l’absence de toute régulation, ainsi que la propriété privée des moyens de production. Sur ce point Harribey et Allais rejoignent Proudhon ‘la propriété, c’est le vol’, Maurice Allais précisant que, même pour Proudhon, c’était la propriété privée des moyens de production qu’il fallait rejeter.
Faut-il modifier les ‘rapports de production’ ?
Keynes, et Allais, s’intéressent à l’amendement des rapports de production, qui passerait par la suppression des rentes non liées au travail, sans vouloir pour autant changer la nature humaine, ou les rapports sociaux. Pour ATTAC, le ‘libéralisme’ étant intrinsèquement pervers, il s’agit de développer systématiquement les droits des salariés et de diminuer leurs "devoirs" - en particulier leur temps de travail -, pour "enfoncer un coin dans les mécanismes du capitalisme" (en assimilant – à tort, je pense - capitalisme et libéralisme).
Nouvelle régulation, ou nouvel avatar de la lutte de classes.
Certes, la crise actuelle, comme toutes les crises, apporte davantage de souffrances aux pauvres et aux exclus du système qu'aux nantis et aux privilégiés. Et l'appel à la (re-)construction de nouveaux rapports humains est évidemment un objectif louable. Trois convictions m'empêchent cependant de partager les idées d'Attac et de m'associer à leur démarche de "lutte de classes", même revisitée.
Ma première conviction, c'est la dualité de l'esprit humain, son côté à la fois individualiste et social. L'altruisme, même s'il existe, n'est pas plus naturel chez les 'petits' que chez les 'puissants', l'égoïsme non plus, bien sûr. Ainsi, peu de gens sont prêts à renoncer spontanément à leurs avantages acquis, quels que soient l'importance de ces avantages.
Une deuxième conviction, philosophique elle aussi, porte sur le concept de propriété. Si l'on interroge les gens qui n'ont rien, leur priorité ne sera généralement pas de demander la suppression de la propriété, mais de réclamer une partie du 'pactole', possédé, à tort ou à raison, par les nantis. On peut souhaiter que l'appropriation des moyens de production soit faite différemment - la défunte URSS ayant montré que cette appropriation collective n'était pas nécessairement très efficace, ni très 'progressiste'- , c’est ce que suggère M. Allais, de façon plus ‘soft’ que le porte-parole d’Attac.On peut certes aussi tenter de faire évoluer ce besoin de posséder, le droit d'usage pouvant se substituer au droit de possession, mais nous en sommes encore bien loin…
Une dernière conviction, moins 'philosophique', porte sur le rôle des entrepreneurs. Autant je ne crois pas à ce que les manuels appellent "productivité apparente du capital" - ni d'ailleurs à la productivité apparente du travail- autant je crois au rôle fondamental, parfois négatif, mais très souvent positif, des entrepreneurs et des chefs d'entreprise, en particulier dans le cadre des PME ou des entreprises 'familiales'. Affirmer donc que dès qu'une entreprise génère un surplus (un profit potentiel), ce dernier doit être affecté, en tant que gain de productivité, aux salariés me semble bien naïf. Il ne s'agit pas non plus de confondre les actionnaires et les entrepreneurs, même si le capitalisme financier a donné de plus en plus de pouvoir aux premiers, au détriment des seconds. Je n'oublie pas non plus, bien sûr, le rôle des collaborateurs de l'entreprise, surtout dans le cadre d'entreprises de service, pour lesquelles les talents individuels peuvent difficilement être remplacés par des machines. On peut se poser des questions sur l'affectation des richesses produites par les entreprises, remettre parfois en cause telle ou telle fausse richesse, exiger que les externalités négatives - pollution, épuisement des ressources fossiles, exploitation éhontée de populations entières - mais nier le rôle positif de nombre de chefs d'entreprise relève d’une idéologie archaique.
Libéralisme et diversité.
La mode est actuellement à la diversité, une fausse diversité d'ailleurs, puisqu'au lieu de s'intéresser et de mettre en valeur les différences individuelles, on s'appuie sur une diversité communautaire et sur des quotas, en collant implicitement des étiquettes à telle ou telle catégorie d'individus. Sur le plan humain, c'est évidemment une erreur. Tous ceux qui ont travaillé en entreprise, ou animé une association, le savent bien. Les individus sont tous différents, la difficulté est de prendre en compte, le plus 'objectivement' possible, ces différences subjectives. Le véritable problème, au delà de toute idéologie, est là.
Comment prendre en compte l'individu, qui appartient nécessairement à plusieurs communautés - ethnique, comportementale, affective ... - à l'aide de règles nécessairement collectives. Cela dépasse bien sûr le cadre des entreprises, mais si le taylorisme n'est plus d'actualité dans celles-ci - puisqu'il s'agit maintenant de manager des différences, au lieu de gérer des ressemblances.
Individus, ou individualisme?
Comment donc intégrer la liberté individuelle, et les talents particuliers, dans un contexte sociétal, et donc collectif? Il n'y a pas de liberté(s) sans contraintes, et penser que le libéralisme économique repose sur l'absence de toute règle est une erreur, qui serait comique si elle n'était si tragique par ses conséquences. Une autre erreur, non moins tragique, étant de nier la liberté individuelle, en faisant de chaque individu un clone de tous ses congénères, à l'intérieur d'une même catégorie ou communauté. Un même sac pour "les banquiers", un autre pour les "ouvriers", un autre pour les "céréaliers", etc. Sur le plan réglementaire, on peut tenter de faire en sorte, bien sûr, que l'appartenance à telle ou telle catégorie ne soit pas un fardeau - ou au contraire un avantage - démesuré. Mais toute discrimination, même positive, liée à la seule appartenance à l'un ou l'autre de ces groupes, serait une erreur. Du moins, telle est ma conception du libéralisme: faire en sorte que l'appartenance à telle ou telle communauté ne se transforme jamais en étiquette, positive ou négative.
L’état régulateur ?
L'Etat a de nombreux rôles, en dehors de ses tâches régaliennes de base. Dans le cadre social et économique, il doit instituer un certain nombre de règles, plus ou moins contraignantes, mais qui ne doivent favoriser aucune catégorie d'individus. Ce n'est pas à l'Etat de décider de ce qu'il faut faire, en revanche il doit afficher ce qu'il ne faut pas faire, ce qui est interdit, et veiller à ce que ces interdits soient connus, et respectés. Il peut ainsi mettre des normes sociales, ou écologiques, ou financières, très strictes, plus fortes que celles érigées par l'Union européenne. Il peut interdire les parachutes dorés, les voitures polluantes (ce qui signifie que faire payer les pollueurs n'est pas une bonne idée, puisque cela favoriserait les 'riches', ceux qui peuvent payer, et donc qui achètent le droit de polluer). Il peut, par des mesures fiscales, plafonner les revenus, et a donc de nombreux moyens d'action. Mais l'Etat ne peut échapper à sa mission de régulateur. Ce n'est que sur l'étendue de sa mission de régulateur que l'on peut s'interroger.
En revanche l'Etat ne peut décider, à l'intérieur de ces contraintes, de la façon d'agir, sans s'en prendre aux libertés individuelles, qui, au delà du seul libéralisme, correspondent au fondement même de la nature humaine.
Dans un article récent, Jean-Marie Harribey, membre d'Attac, s’appuie sur les liens historiques existant entre capitalisme et libéralisme, et en appelle aux mânes des grands ancêtres, Marx et Keynes, pour affirmer que le libéralisme ne peut être sauvé de son péché originel, la recherche du profit.
Dans une interview accordée à l’Humanité, Maurice Allais, préfère distinguer le ‘libéralisme’ du ‘laisser-fairisme’, en justifiant ainsi son ‘NON’ de 2005 à la Constitution Européenne. C’est le ‘laisser-faire’ ambiant qu’il faut rejeter, et donc l’absence de toute régulation, ainsi que la propriété privée des moyens de production. Sur ce point Harribey et Allais rejoignent Proudhon ‘la propriété, c’est le vol’, Maurice Allais précisant que, même pour Proudhon, c’était la propriété privée des moyens de production qu’il fallait rejeter.
Faut-il modifier les ‘rapports de production’ ?
Keynes, et Allais, s’intéressent à l’amendement des rapports de production, qui passerait par la suppression des rentes non liées au travail, sans vouloir pour autant changer la nature humaine, ou les rapports sociaux. Pour ATTAC, le ‘libéralisme’ étant intrinsèquement pervers, il s’agit de développer systématiquement les droits des salariés et de diminuer leurs "devoirs" - en particulier leur temps de travail -, pour "enfoncer un coin dans les mécanismes du capitalisme" (en assimilant – à tort, je pense - capitalisme et libéralisme).
Nouvelle régulation, ou nouvel avatar de la lutte de classes.
Certes, la crise actuelle, comme toutes les crises, apporte davantage de souffrances aux pauvres et aux exclus du système qu'aux nantis et aux privilégiés. Et l'appel à la (re-)construction de nouveaux rapports humains est évidemment un objectif louable. Trois convictions m'empêchent cependant de partager les idées d'Attac et de m'associer à leur démarche de "lutte de classes", même revisitée.
Ma première conviction, c'est la dualité de l'esprit humain, son côté à la fois individualiste et social. L'altruisme, même s'il existe, n'est pas plus naturel chez les 'petits' que chez les 'puissants', l'égoïsme non plus, bien sûr. Ainsi, peu de gens sont prêts à renoncer spontanément à leurs avantages acquis, quels que soient l'importance de ces avantages.
Une deuxième conviction, philosophique elle aussi, porte sur le concept de propriété. Si l'on interroge les gens qui n'ont rien, leur priorité ne sera généralement pas de demander la suppression de la propriété, mais de réclamer une partie du 'pactole', possédé, à tort ou à raison, par les nantis. On peut souhaiter que l'appropriation des moyens de production soit faite différemment - la défunte URSS ayant montré que cette appropriation collective n'était pas nécessairement très efficace, ni très 'progressiste'- , c’est ce que suggère M. Allais, de façon plus ‘soft’ que le porte-parole d’Attac.On peut certes aussi tenter de faire évoluer ce besoin de posséder, le droit d'usage pouvant se substituer au droit de possession, mais nous en sommes encore bien loin…
Une dernière conviction, moins 'philosophique', porte sur le rôle des entrepreneurs. Autant je ne crois pas à ce que les manuels appellent "productivité apparente du capital" - ni d'ailleurs à la productivité apparente du travail- autant je crois au rôle fondamental, parfois négatif, mais très souvent positif, des entrepreneurs et des chefs d'entreprise, en particulier dans le cadre des PME ou des entreprises 'familiales'. Affirmer donc que dès qu'une entreprise génère un surplus (un profit potentiel), ce dernier doit être affecté, en tant que gain de productivité, aux salariés me semble bien naïf. Il ne s'agit pas non plus de confondre les actionnaires et les entrepreneurs, même si le capitalisme financier a donné de plus en plus de pouvoir aux premiers, au détriment des seconds. Je n'oublie pas non plus, bien sûr, le rôle des collaborateurs de l'entreprise, surtout dans le cadre d'entreprises de service, pour lesquelles les talents individuels peuvent difficilement être remplacés par des machines. On peut se poser des questions sur l'affectation des richesses produites par les entreprises, remettre parfois en cause telle ou telle fausse richesse, exiger que les externalités négatives - pollution, épuisement des ressources fossiles, exploitation éhontée de populations entières - mais nier le rôle positif de nombre de chefs d'entreprise relève d’une idéologie archaique.
Libéralisme et diversité.
La mode est actuellement à la diversité, une fausse diversité d'ailleurs, puisqu'au lieu de s'intéresser et de mettre en valeur les différences individuelles, on s'appuie sur une diversité communautaire et sur des quotas, en collant implicitement des étiquettes à telle ou telle catégorie d'individus. Sur le plan humain, c'est évidemment une erreur. Tous ceux qui ont travaillé en entreprise, ou animé une association, le savent bien. Les individus sont tous différents, la difficulté est de prendre en compte, le plus 'objectivement' possible, ces différences subjectives. Le véritable problème, au delà de toute idéologie, est là.
Comment prendre en compte l'individu, qui appartient nécessairement à plusieurs communautés - ethnique, comportementale, affective ... - à l'aide de règles nécessairement collectives. Cela dépasse bien sûr le cadre des entreprises, mais si le taylorisme n'est plus d'actualité dans celles-ci - puisqu'il s'agit maintenant de manager des différences, au lieu de gérer des ressemblances.
Individus, ou individualisme?
Comment donc intégrer la liberté individuelle, et les talents particuliers, dans un contexte sociétal, et donc collectif? Il n'y a pas de liberté(s) sans contraintes, et penser que le libéralisme économique repose sur l'absence de toute règle est une erreur, qui serait comique si elle n'était si tragique par ses conséquences. Une autre erreur, non moins tragique, étant de nier la liberté individuelle, en faisant de chaque individu un clone de tous ses congénères, à l'intérieur d'une même catégorie ou communauté. Un même sac pour "les banquiers", un autre pour les "ouvriers", un autre pour les "céréaliers", etc. Sur le plan réglementaire, on peut tenter de faire en sorte, bien sûr, que l'appartenance à telle ou telle catégorie ne soit pas un fardeau - ou au contraire un avantage - démesuré. Mais toute discrimination, même positive, liée à la seule appartenance à l'un ou l'autre de ces groupes, serait une erreur. Du moins, telle est ma conception du libéralisme: faire en sorte que l'appartenance à telle ou telle communauté ne se transforme jamais en étiquette, positive ou négative.
L’état régulateur ?
L'Etat a de nombreux rôles, en dehors de ses tâches régaliennes de base. Dans le cadre social et économique, il doit instituer un certain nombre de règles, plus ou moins contraignantes, mais qui ne doivent favoriser aucune catégorie d'individus. Ce n'est pas à l'Etat de décider de ce qu'il faut faire, en revanche il doit afficher ce qu'il ne faut pas faire, ce qui est interdit, et veiller à ce que ces interdits soient connus, et respectés. Il peut ainsi mettre des normes sociales, ou écologiques, ou financières, très strictes, plus fortes que celles érigées par l'Union européenne. Il peut interdire les parachutes dorés, les voitures polluantes (ce qui signifie que faire payer les pollueurs n'est pas une bonne idée, puisque cela favoriserait les 'riches', ceux qui peuvent payer, et donc qui achètent le droit de polluer). Il peut, par des mesures fiscales, plafonner les revenus, et a donc de nombreux moyens d'action. Mais l'Etat ne peut échapper à sa mission de régulateur. Ce n'est que sur l'étendue de sa mission de régulateur que l'on peut s'interroger.
En revanche l'Etat ne peut décider, à l'intérieur de ces contraintes, de la façon d'agir, sans s'en prendre aux libertés individuelles, qui, au delà du seul libéralisme, correspondent au fondement même de la nature humaine.
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vendredi 7 novembre 2008
La crise est la: trop tard pour agir?
Les prévisions pessimistes sur la situation économique en général et la situation française en particulier se succèdent semaine après semaine, et semblent même encore s'accélérer, après un léger moratoire aux alentours du 4 novembre, date de l'élection de Barak Obama. Après s'être focalisé sur la bourse et l'évolution des marchés financiers, on en vient, hélas, à ce qui devrait réellement préoccuper monsieur tout le monde, vous et moi, à savoir la crise de l'économie réelle, concrète, celle que l'on peut toucher.
Après avoir esquissé dans mes précédents billets le rôle - les rôles pourrait-on dire - de la monnaie dans une économie moderne, et par conséquent le rôle des banques, en tant qu'importants créateurs - et destructeurs - de monnaie 'fiduciaire', j'en étais venu à mentionner, à travers diverses allégories, ou fables - telles la "Dame de Condé" - l'éventualité d'une société sans banques, ou plus exactement sans monnaie 'centrale'.
Du mystère de la monnaie au rôle régulateur de l’Etat.
La monnaie, chose à la fois insignifiante (J.S. Mill : « Il n’est pas dans l’économie d’une société quelque chose de plus insignifiant en elle-même que la monnaie ») et fondamentale, s’entoure depuis longtemps d’un mystère (K. Marx, citant Lord Gladstone : « L’amour lui-même n’a pas fait perdre la tête à plus de gens que les ruminations sur l’essence de la monnaie ») derrière lequel aiment se cacher ses ‘experts’.
Milton Friedman, le ‘pape’ du monétarisme, allait jusqu’à dire, il y a une quarantaine d’années, qu’il fallait « faire voter un ensemble de règles rigides, limitant par avance la marge d’initiatives dont peuvent disposer les autorités monétaires », sans doute pour éviter aux autorités de tutelle de « faire des bêtises » anti-libérales. Et on touche bien là au problème de fonds d’une éventuelle régulation étatique: l’Etat doit-il s’effacer en mode ‘normal’, pour réagir, au risque de ‘sur-réagir’, en situation de crise ? Nous reviendrons sur ce point dans un autre billet, sans imaginer avoir LA réponse à cette question fondamentale.
Pour une monnaie ‘non bancaire’ ?
Pour un revenir à un monde ‘non monétaire’, et en raisonnant par l'absurde, j'avais envisagé un système où les banques étant défaillantes dans leur rôle premier - celui d'être au service de l'économie, donc à celui des entreprises et des ménages - les 'acteurs économiques' se substituaient à elles pour mettre du lubrifiant - leur propre monnaie - dans les rouages du circuit économique.
Loin d'être une idée aussi absurde que cela paraisse (idée déjà envisagée en son temps par Hayek, Rueff et plus près de nous M. Allais) - je n'envisage évidemment nullement ici une économie de troc - cette hypothèse mériterait sans doute d’être creusée bien plus que ce qui peut être écrit en quelques lignes ici.
La crise est bien là, une crise de sous-production.
Partons de la situation concrète telle qu’elle se présente à nous, particulièrement en France. Que voit-on ?
Des capacités de production inutilisées (en particulier dans le secteur automobile et dans le B.T.P., ainsi que dans l’hôtellerie), des investissements en berne au niveau des infrastructures – en particulier dans le domaine ferroviaire (ferroutage plus précisément) – des PME rentables mais en court de trésorerie, d’autres PME, plus nombreuses hélas, au bord de la faillite du fait d’un manque de demande solvable de la part d’éventuels consommateurs, une balance commerciale de plus en plus largement déficitaire, sans même parler du déficit structurel de l’Etat. Ajoutons à tout cela, conséquence directe ou effet induit, un chômage en train de remonter. Voilà l’état de l’économie réelle.
Face à cela, une économie symbolique et un marché monétaire déboussolés, des banques toujours plus frileuses, un marché financier en déroute, des spéculateurs se cramponnant tant bien que mal à leur rêves de splendeur passée, certains encore accrochés aux suspentes de leurs parachutes dorés.
Peut-on relancer la machine économique ?
La seule question qui devrait donc se poser est celle-ci : dès lors qu’il y a des besoins inassouvis et des capacités de production inutilisées, en équipements comme en hommes, peut-on relancer la machine économique ?
Pour les nostalgiques de l’histoire, cette situation est évidemment très comparable à celle de 1929-1933, aux ‘progrès’ de la mondialisation près.
Si on laissait parler le bon sens populaire, et, plus encore, si on daignait l’écouter, la réponse serait évidente. Oui, on peut le faire.
Qu’est ce donc qui empêche que cette réponse d’apparent bon sens soit entendue, et mise en œuvre, au lieu de continuer à se lamenter sur des prévisions de ‘croissance négative’ – magie des mots, pour éviter de parler de récession, de la même façon sans doute que l’on a longtemps parlé de ‘tournante’, plutôt que de ‘viol collectif’.
Si nous parlions d’externalités et de développement durable ?
Refaire marcher nos usines signifie évidemment de s’intéresser à leurs sources d’énergie. Il est évident que les fluctuations du pétrole n’aident pas à faire des ‘business plans’ crédibles. Mais en dehors même de ces fluctuations, chacun sait bien que les ressources minérales sont en voie d’épuisement, à l’horizon d’une, deux, voire trois générations, quel que soit le coût affiché de des ressources, il finira par être infini, lorsque la dernière goutte de pétrole aura été extraite du sous-sol de notre terre.
Grenelle de l’environnement ou pas, il est donc grand temps de faire comme si toutes les ressources fossiles étaient en voie d’extinction. Et donc de consacrer l’essentiel de nos investissements en recherche et développement à l’étude d’autres sources énergétiques, renouvelables (biomasse ?) ou inépuisables (vent, soleil ?). Même les recherches dans le domaine de la santé devraient céder le pas à ce type de recherche.
Si notre monde s’auto-détruit, ou n’est plus capable de subvenir aux besoins de sa population, le fait de s’intéresser à la santé des malades, voire de prolonger la vie de quelques privilégiés est évidemment stupide. Ce n’est pas faire passer la nature avant l’homme, comme certains écologistes sont parfois tentés de le faire, c’est simplement, là encore, du bon sens. Soigner le cancer, c’est bien, éviter que la pollution n’augmente sa survenue, c’est sans doute mieux.
Plusieurs mesures peuvent s’inscrire dans cette voie, en dehors même d’intentions publiques clairement affichées, du genre plus d’usines propres et non gourmandes en énergie, moins de dépenses militaires inutiles si le monde court à sa perte, comme par exemple le financement d’un deuxième porte-avions, pas très utile contre le terrorisme ou les flux migratoires déclenchés pour une bonne part par une misère sordide.
La France n’a plus les moyens d’être une grande puissance militaire, elle peut sans doute redevenir une grande puissance morale, en particulier si elle s’inscrit dans la seule voie réaliste à terme, celle d’une nation respectueuse de l’environnement des hommes.
La fonction de médiateur de la république vient d’être créé pour ‘surveiller les banques’, avec l’aide, nolen volens, des préfets. Si ce médiateur avait déjà pour mission de pousser les banques à aider systématiquement toutes les entreprises et organisations travaillant dans le développement durable, ainsi que les usines et manufactures s’engageant dans des processus de fabrication économes en énergie fossile, ce serait là encore une bonne indication sur la volonté du gouvernement à s’engager sur la bonne voie.
Keynes, un des seuls économistes du vingtième siècle à se méfier de l’idéologie, la sienne et celle des autres, était conscient que la relance de l’économie passait par des subterfuges, pour lutter en particulier contre ce qu’il appelait « la trappe à liquidités », lorsque l’argent reste dans des bas de laine plutôt que de permettre le financement ‘normal’ de l’économie.
Lorsque le mirage des placements « pharamineux » s’éloigne, la tendance naturelle est de redevenir Harpagon, d’où son fameux appel à de grands travaux, tels les Ateliers Nationaux du 19ème siècle en France. Quitte à payer des gens à ne rien faire – creuser des trous et les reboucher, ou se lancer dans des guerres à effet destructif garanti – autant les payer à faire des choses utiles.
Il serait donc de la responsabilité de l’Etat, à côté d’une fusion sans doute nécessaire de l’ANPE et des ASSEDIC, de développer des projets de développement durable – économes en énergie, voire créateurs d’énergie renouvelable – pour lesquels des compétences existeraient, ou seraient développés en France. A côté de cela, relancer la construction, sans doute en habitat dense et non en maisons individuelles, là encore avec des matériaux et des procédés économes en énergie, serait évidemment une voie à suivre. L’état peut aussi inciter vivement les banques à financer ce type de travaux, par des prêts à taux indexé à la fois sur la croissance et l’inflation, soit 2,5% en 2009 (1/2 % de croissance et 2% d’inflation, hypothèse basse, mais réaliste si ces mesures de relance sont prises rapidement).
Comment financer tout cela ?
La garantie de l’Etat : 360 milliards pour les banques, pourrait fort bien s’orienter directement pour moitié vers l’ensemble des projets esquissés plus haut, donc vers des entreprises de l’économie réelle, et non symbolique. Par ailleurs, la relance de l’économie, et le passage de 0,5% de croissance à 1% de croissance (dans le développement durable, avec économies d’énergies, et donc de devises, à la clef) pourrait aussi booster les rentrées fiscales de l’Etat. Enfin, une impulsion donnée au secteur automobile dans la recherche de véhicules et d’utilitaires plus propres et moins énergivores pourrait permettre à ce secteur de se revigorer, et lui éviter ainsi des plans de licenciement massifs.
Dernière mesure enfin. Indiquer clairement aux banques que si elles persévèrent dans leur refus de financer l’économie réelle dans les directions souhaitées par l’Etat, elles s’exposent à ne plus être partie prenante dans le circuit économique, et en premier lieu dans le mécanisme de création monétaire, qui peut leur être facilement enlevé en modifiant les ratios auxquelles elles sont tenues, quitte à faire plus largement appel à des crédits inter-entreprises qu’il faudrait donc développer davantage.
Sans parler bien sûr de méthodes encore plus radicales interdisant à l'ensemble des établissements financiers les ventes ou achats à découverts d’instruments financiers, bien loin actuellement de remplir leur objectif premier, qui était de protéger les entreprises de risques non industriels concernant la variation du cours des matières premières ou des taux de change.
Après avoir esquissé dans mes précédents billets le rôle - les rôles pourrait-on dire - de la monnaie dans une économie moderne, et par conséquent le rôle des banques, en tant qu'importants créateurs - et destructeurs - de monnaie 'fiduciaire', j'en étais venu à mentionner, à travers diverses allégories, ou fables - telles la "Dame de Condé" - l'éventualité d'une société sans banques, ou plus exactement sans monnaie 'centrale'.
Du mystère de la monnaie au rôle régulateur de l’Etat.
La monnaie, chose à la fois insignifiante (J.S. Mill : « Il n’est pas dans l’économie d’une société quelque chose de plus insignifiant en elle-même que la monnaie ») et fondamentale, s’entoure depuis longtemps d’un mystère (K. Marx, citant Lord Gladstone : « L’amour lui-même n’a pas fait perdre la tête à plus de gens que les ruminations sur l’essence de la monnaie ») derrière lequel aiment se cacher ses ‘experts’.
Milton Friedman, le ‘pape’ du monétarisme, allait jusqu’à dire, il y a une quarantaine d’années, qu’il fallait « faire voter un ensemble de règles rigides, limitant par avance la marge d’initiatives dont peuvent disposer les autorités monétaires », sans doute pour éviter aux autorités de tutelle de « faire des bêtises » anti-libérales. Et on touche bien là au problème de fonds d’une éventuelle régulation étatique: l’Etat doit-il s’effacer en mode ‘normal’, pour réagir, au risque de ‘sur-réagir’, en situation de crise ? Nous reviendrons sur ce point dans un autre billet, sans imaginer avoir LA réponse à cette question fondamentale.
Pour une monnaie ‘non bancaire’ ?
Pour un revenir à un monde ‘non monétaire’, et en raisonnant par l'absurde, j'avais envisagé un système où les banques étant défaillantes dans leur rôle premier - celui d'être au service de l'économie, donc à celui des entreprises et des ménages - les 'acteurs économiques' se substituaient à elles pour mettre du lubrifiant - leur propre monnaie - dans les rouages du circuit économique.
Loin d'être une idée aussi absurde que cela paraisse (idée déjà envisagée en son temps par Hayek, Rueff et plus près de nous M. Allais) - je n'envisage évidemment nullement ici une économie de troc - cette hypothèse mériterait sans doute d’être creusée bien plus que ce qui peut être écrit en quelques lignes ici.
La crise est bien là, une crise de sous-production.
Partons de la situation concrète telle qu’elle se présente à nous, particulièrement en France. Que voit-on ?
Des capacités de production inutilisées (en particulier dans le secteur automobile et dans le B.T.P., ainsi que dans l’hôtellerie), des investissements en berne au niveau des infrastructures – en particulier dans le domaine ferroviaire (ferroutage plus précisément) – des PME rentables mais en court de trésorerie, d’autres PME, plus nombreuses hélas, au bord de la faillite du fait d’un manque de demande solvable de la part d’éventuels consommateurs, une balance commerciale de plus en plus largement déficitaire, sans même parler du déficit structurel de l’Etat. Ajoutons à tout cela, conséquence directe ou effet induit, un chômage en train de remonter. Voilà l’état de l’économie réelle.
Face à cela, une économie symbolique et un marché monétaire déboussolés, des banques toujours plus frileuses, un marché financier en déroute, des spéculateurs se cramponnant tant bien que mal à leur rêves de splendeur passée, certains encore accrochés aux suspentes de leurs parachutes dorés.
Peut-on relancer la machine économique ?
La seule question qui devrait donc se poser est celle-ci : dès lors qu’il y a des besoins inassouvis et des capacités de production inutilisées, en équipements comme en hommes, peut-on relancer la machine économique ?
Pour les nostalgiques de l’histoire, cette situation est évidemment très comparable à celle de 1929-1933, aux ‘progrès’ de la mondialisation près.
Si on laissait parler le bon sens populaire, et, plus encore, si on daignait l’écouter, la réponse serait évidente. Oui, on peut le faire.
Qu’est ce donc qui empêche que cette réponse d’apparent bon sens soit entendue, et mise en œuvre, au lieu de continuer à se lamenter sur des prévisions de ‘croissance négative’ – magie des mots, pour éviter de parler de récession, de la même façon sans doute que l’on a longtemps parlé de ‘tournante’, plutôt que de ‘viol collectif’.
Si nous parlions d’externalités et de développement durable ?
Refaire marcher nos usines signifie évidemment de s’intéresser à leurs sources d’énergie. Il est évident que les fluctuations du pétrole n’aident pas à faire des ‘business plans’ crédibles. Mais en dehors même de ces fluctuations, chacun sait bien que les ressources minérales sont en voie d’épuisement, à l’horizon d’une, deux, voire trois générations, quel que soit le coût affiché de des ressources, il finira par être infini, lorsque la dernière goutte de pétrole aura été extraite du sous-sol de notre terre.
Grenelle de l’environnement ou pas, il est donc grand temps de faire comme si toutes les ressources fossiles étaient en voie d’extinction. Et donc de consacrer l’essentiel de nos investissements en recherche et développement à l’étude d’autres sources énergétiques, renouvelables (biomasse ?) ou inépuisables (vent, soleil ?). Même les recherches dans le domaine de la santé devraient céder le pas à ce type de recherche.
Si notre monde s’auto-détruit, ou n’est plus capable de subvenir aux besoins de sa population, le fait de s’intéresser à la santé des malades, voire de prolonger la vie de quelques privilégiés est évidemment stupide. Ce n’est pas faire passer la nature avant l’homme, comme certains écologistes sont parfois tentés de le faire, c’est simplement, là encore, du bon sens. Soigner le cancer, c’est bien, éviter que la pollution n’augmente sa survenue, c’est sans doute mieux.
Plusieurs mesures peuvent s’inscrire dans cette voie, en dehors même d’intentions publiques clairement affichées, du genre plus d’usines propres et non gourmandes en énergie, moins de dépenses militaires inutiles si le monde court à sa perte, comme par exemple le financement d’un deuxième porte-avions, pas très utile contre le terrorisme ou les flux migratoires déclenchés pour une bonne part par une misère sordide.
La France n’a plus les moyens d’être une grande puissance militaire, elle peut sans doute redevenir une grande puissance morale, en particulier si elle s’inscrit dans la seule voie réaliste à terme, celle d’une nation respectueuse de l’environnement des hommes.
La fonction de médiateur de la république vient d’être créé pour ‘surveiller les banques’, avec l’aide, nolen volens, des préfets. Si ce médiateur avait déjà pour mission de pousser les banques à aider systématiquement toutes les entreprises et organisations travaillant dans le développement durable, ainsi que les usines et manufactures s’engageant dans des processus de fabrication économes en énergie fossile, ce serait là encore une bonne indication sur la volonté du gouvernement à s’engager sur la bonne voie.
Keynes, un des seuls économistes du vingtième siècle à se méfier de l’idéologie, la sienne et celle des autres, était conscient que la relance de l’économie passait par des subterfuges, pour lutter en particulier contre ce qu’il appelait « la trappe à liquidités », lorsque l’argent reste dans des bas de laine plutôt que de permettre le financement ‘normal’ de l’économie.
Lorsque le mirage des placements « pharamineux » s’éloigne, la tendance naturelle est de redevenir Harpagon, d’où son fameux appel à de grands travaux, tels les Ateliers Nationaux du 19ème siècle en France. Quitte à payer des gens à ne rien faire – creuser des trous et les reboucher, ou se lancer dans des guerres à effet destructif garanti – autant les payer à faire des choses utiles.
Il serait donc de la responsabilité de l’Etat, à côté d’une fusion sans doute nécessaire de l’ANPE et des ASSEDIC, de développer des projets de développement durable – économes en énergie, voire créateurs d’énergie renouvelable – pour lesquels des compétences existeraient, ou seraient développés en France. A côté de cela, relancer la construction, sans doute en habitat dense et non en maisons individuelles, là encore avec des matériaux et des procédés économes en énergie, serait évidemment une voie à suivre. L’état peut aussi inciter vivement les banques à financer ce type de travaux, par des prêts à taux indexé à la fois sur la croissance et l’inflation, soit 2,5% en 2009 (1/2 % de croissance et 2% d’inflation, hypothèse basse, mais réaliste si ces mesures de relance sont prises rapidement).
Comment financer tout cela ?
La garantie de l’Etat : 360 milliards pour les banques, pourrait fort bien s’orienter directement pour moitié vers l’ensemble des projets esquissés plus haut, donc vers des entreprises de l’économie réelle, et non symbolique. Par ailleurs, la relance de l’économie, et le passage de 0,5% de croissance à 1% de croissance (dans le développement durable, avec économies d’énergies, et donc de devises, à la clef) pourrait aussi booster les rentrées fiscales de l’Etat. Enfin, une impulsion donnée au secteur automobile dans la recherche de véhicules et d’utilitaires plus propres et moins énergivores pourrait permettre à ce secteur de se revigorer, et lui éviter ainsi des plans de licenciement massifs.
Dernière mesure enfin. Indiquer clairement aux banques que si elles persévèrent dans leur refus de financer l’économie réelle dans les directions souhaitées par l’Etat, elles s’exposent à ne plus être partie prenante dans le circuit économique, et en premier lieu dans le mécanisme de création monétaire, qui peut leur être facilement enlevé en modifiant les ratios auxquelles elles sont tenues, quitte à faire plus largement appel à des crédits inter-entreprises qu’il faudrait donc développer davantage.
Sans parler bien sûr de méthodes encore plus radicales interdisant à l'ensemble des établissements financiers les ventes ou achats à découverts d’instruments financiers, bien loin actuellement de remplir leur objectif premier, qui était de protéger les entreprises de risques non industriels concernant la variation du cours des matières premières ou des taux de change.
vendredi 31 octobre 2008
Crise economique et crise boursiere: de la confiance a la mefiance
Dans un billet précédent, je m'étais appuyé sur la fable de la dame de Condé, un peu modifiée, pour mettre en valeur le rôle positif de la confiance en économie 'réelle'. Aujourd'hui , je ne peux résister au plaisir de reprendre l'historiette suivante, qui m'a été envoyée par Didier Saint-Gaudin. Nous verrons ensuite la 'morale' de cette histoire.
Dans un village, un homme apparut et annonça aux villageois qu'il achèterait des singes pour 10 € chacun.
Les villageois, sachant qu'il y avait des singes dans la région, partirent dans la forêt et commencèrent à attraper les singes. L'homme en acheta des centaines à 10 € pièce et comme la population de singes diminuait, les villageois arrêtèrent leurs efforts.
Alors, l'homme annonça qu'il achetait désormais les singes à 15 €. Les villageois recommencèrent à chasser les singes.
Mais bientôt le stock s'épuisa et les habitants du village retournèrent à leurs occupations. L'offre monta à 20 € et la population de singes devient si petite qu'il devint rare de voir un singe, encore moins en attraper un.
L'homme annonça alors qu'il achèterait les singes 50 € chacun. Cependant, comme il devait aller en ville pour affaires, son assistant s'occuperait des achats.
L'homme étant parti, son assistant rassembla les villageois et leur dit : «Regardez ces cages avec tous ces singes que l'homme vous a achetés. Je vous les vends 35 € pièce et lorsqu'il reviendra, vous pourrez les lui vendre à 50 €. »
Les villageois réunirent tout l'argent qu'ils avaient, certains vendirent tout ce qu'ils possédaient, et achetèrent tous les singes. La nuit venue, l'assistant disparut.
On ne le revit jamais, ni lui ni son patron ; on ne vit plus que des singes qui couraient dans tous les sens.
Confiance et méfiance: les deux 'mamelles' d'une économie monétarisée.
Comme le lecteur l'a sûrement déjà entrevu, cette histoire, qui pourrait s'intituler 'la Bourse pour les Nuls', illustre tout d'abord le fait que si en Bourse, on achète et l'on vend sur des anticipations de valeurs actuelles, et plus encore futures, ces valeurs ne sont jamais sûres.
L'histoire repose aussi aussi sur un mécanisme à la limite du délit d'initié : acheter à 35 € pour revendre à 50€, de façon à peu près sûre (ou que l'on croit telle).
Le fait que l'assistant et les villageois soient tous complices de cette malhonnêteté (ou que l'on croit telle) aux dépens du patron n'est qu'un épiphénomène, illustrant le vieil adage 'tel est pris qui croyait prendre'.
Bien entendu, l'homme et son assistant ont joué sur la cupidité des villageois pour monter cette escroquerie.
Que reste t-il enfin aux villageois: des actifs 'toxiques', ou 'pourris': les singes, qui ne valent plus que ce que d'éventuels acheteurs sont prêts à payer.
Retour à l'économie réelle.
Certes, on ne reprendra sans doute plus les villageois à de tels comportements. Mais c'est là que l'on retrouve l'économie réelle. Aller à la chasse des singes n'était nullement répréhensible - à quelques arguments écologiques près - . Et les villageois auraient pu s'arrêter lorsque le dernier singe avait disparu. Mais, en sortant de l'économie réelle, et en allant spéculer en bourse, en pensant ainsi gagner davantage, ils ont tout perdu, et la méfiance qu'ils vont maintenant avoir vis à vis de la bourse risque de se reporter sur l'économie réelle elle-même.
Histoire sans fondements diront certains: ce matin, j'entendais encore à la radio les fortunes (250 milliards d'euros) qu'avaient perdu des oligarques russes, rois du pétrole ou de l'aluminium, en transformant leurs richesses réelles en actifs 'toxiques' - ce qu'ils ne savaient pas à l'époque bien sûr. Faire confiance à l'économie réelle, certes, mais quand on ne fait plus confiance aux banques et à ceux qui sont censés les gouverner, ce n'est pas simple.
La morale de la morale: ne jouez pas en bourse, comptez plutôt sur vos propres ressources, celles de votre travail, passé, présent ou à venir. Si vous avez des économies, et si vous voulez à tout prix placer votre épargne, visez plutôt les obligations et bons du trésor, voire dans le livret A, c'est plus sûr. Une rentabilité de 4% (2% en termes réels), cela ne fait pas fantasmer, mais vous ne volez rien à personne, puisqu'une telle rentabilité est simplement adossée, bon an mal an, à la croissance de l'économie réelle.
Attention aux mirages de la Bourse:
Si cela ne vous suffit pas, sachez que en cherchant une plus grande rentabilité - dans rentabilité, il y a 'rente', donc 'rentiers'- vous contribuez vous-même aux bulles spéculatives pour lesquelles vous chercherez tôt ou tard des boucs émissaires - sport dans lequel la société Générale et la CNCE sont passés maîtres-, alors même que vous en ferez partie.
Dans un village, un homme apparut et annonça aux villageois qu'il achèterait des singes pour 10 € chacun.
Les villageois, sachant qu'il y avait des singes dans la région, partirent dans la forêt et commencèrent à attraper les singes. L'homme en acheta des centaines à 10 € pièce et comme la population de singes diminuait, les villageois arrêtèrent leurs efforts.
Alors, l'homme annonça qu'il achetait désormais les singes à 15 €. Les villageois recommencèrent à chasser les singes.
Mais bientôt le stock s'épuisa et les habitants du village retournèrent à leurs occupations. L'offre monta à 20 € et la population de singes devient si petite qu'il devint rare de voir un singe, encore moins en attraper un.
L'homme annonça alors qu'il achèterait les singes 50 € chacun. Cependant, comme il devait aller en ville pour affaires, son assistant s'occuperait des achats.
L'homme étant parti, son assistant rassembla les villageois et leur dit : «Regardez ces cages avec tous ces singes que l'homme vous a achetés. Je vous les vends 35 € pièce et lorsqu'il reviendra, vous pourrez les lui vendre à 50 €. »
Les villageois réunirent tout l'argent qu'ils avaient, certains vendirent tout ce qu'ils possédaient, et achetèrent tous les singes. La nuit venue, l'assistant disparut.
On ne le revit jamais, ni lui ni son patron ; on ne vit plus que des singes qui couraient dans tous les sens.
Confiance et méfiance: les deux 'mamelles' d'une économie monétarisée.
Comme le lecteur l'a sûrement déjà entrevu, cette histoire, qui pourrait s'intituler 'la Bourse pour les Nuls', illustre tout d'abord le fait que si en Bourse, on achète et l'on vend sur des anticipations de valeurs actuelles, et plus encore futures, ces valeurs ne sont jamais sûres.
L'histoire repose aussi aussi sur un mécanisme à la limite du délit d'initié : acheter à 35 € pour revendre à 50€, de façon à peu près sûre (ou que l'on croit telle).
Le fait que l'assistant et les villageois soient tous complices de cette malhonnêteté (ou que l'on croit telle) aux dépens du patron n'est qu'un épiphénomène, illustrant le vieil adage 'tel est pris qui croyait prendre'.
Bien entendu, l'homme et son assistant ont joué sur la cupidité des villageois pour monter cette escroquerie.
Que reste t-il enfin aux villageois: des actifs 'toxiques', ou 'pourris': les singes, qui ne valent plus que ce que d'éventuels acheteurs sont prêts à payer.
Retour à l'économie réelle.
Certes, on ne reprendra sans doute plus les villageois à de tels comportements. Mais c'est là que l'on retrouve l'économie réelle. Aller à la chasse des singes n'était nullement répréhensible - à quelques arguments écologiques près - . Et les villageois auraient pu s'arrêter lorsque le dernier singe avait disparu. Mais, en sortant de l'économie réelle, et en allant spéculer en bourse, en pensant ainsi gagner davantage, ils ont tout perdu, et la méfiance qu'ils vont maintenant avoir vis à vis de la bourse risque de se reporter sur l'économie réelle elle-même.
Histoire sans fondements diront certains: ce matin, j'entendais encore à la radio les fortunes (250 milliards d'euros) qu'avaient perdu des oligarques russes, rois du pétrole ou de l'aluminium, en transformant leurs richesses réelles en actifs 'toxiques' - ce qu'ils ne savaient pas à l'époque bien sûr. Faire confiance à l'économie réelle, certes, mais quand on ne fait plus confiance aux banques et à ceux qui sont censés les gouverner, ce n'est pas simple.
La morale de la morale: ne jouez pas en bourse, comptez plutôt sur vos propres ressources, celles de votre travail, passé, présent ou à venir. Si vous avez des économies, et si vous voulez à tout prix placer votre épargne, visez plutôt les obligations et bons du trésor, voire dans le livret A, c'est plus sûr. Une rentabilité de 4% (2% en termes réels), cela ne fait pas fantasmer, mais vous ne volez rien à personne, puisqu'une telle rentabilité est simplement adossée, bon an mal an, à la croissance de l'économie réelle.
Attention aux mirages de la Bourse:
Si cela ne vous suffit pas, sachez que en cherchant une plus grande rentabilité - dans rentabilité, il y a 'rente', donc 'rentiers'- vous contribuez vous-même aux bulles spéculatives pour lesquelles vous chercherez tôt ou tard des boucs émissaires - sport dans lequel la société Générale et la CNCE sont passés maîtres-, alors même que vous en ferez partie.
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mardi 28 octobre 2008
Les experts n'y comprennent plus rien
Quelle outrecuidance!
Les experts ou prétendus tels, devant les soubresauts des marchés financiers, affirment doctement qu'on ne plus rien comprendre au fonctionnement actuel des marchés. Ce qui signifie, en fait, qu'eux, les experts, ne comprenant rien, ou ne voulant pas comprendre, il s'ensuit nécessairement que personne ne peut comprendre.
Les économistes et les financiers se sont déconsidérés eux-mêmes.
Ce sont pourtant les mêmes qui continuent à donner au 'petit peuple', sur tous les medias, des leçons d'économie. Ils n'ont même pas l'élémentaire bon sens de voir qu'en se faisant ils se tirent une balle dans le pied, en se décrédibilisant complètement. Ce ne serait pas si grave s'ils ne déconsidéraient pas, par là-même, l'économie concrète. On peut sans doute se passer d'économistes, voire oublier la plupart des prétendus lois de la science économique - qui n'est pas vraiment une science - mais nous avons besoin d'une économie concrète, réelle, qui fonctionne.
C'est quoi, une économie qui fonctionne?
Une première loi de bon sens. Quelque soit son contexte socio-politique, aucun système économique ne peut fonctionner si la production des biens et services consomme plus de ressources qu'elle n'en dégage.
Cela étant dit, le problème consiste à évaluer à la fois les ressources consommées et la richesse produite. Il s'agit ainsi, par exemple, de comparer des ressources fossiles (charbon, fer, petrole) à des produitrs manufacturés (automobiles, textiles). Pour faire cela, on est bien obligé de 'convertir' en bien étalon - la marchandise-étalon de Sraffa, plus concrètement en euros ou dollars ou yens - les ressources et les richesses produites.
Quand les différents marchés sont à peu près stables, cela ne pose pas un énorme problème.
En revanche, quand le baril de pétrole peut varier de 50% en quelques semaines, et l'euro contre dollar perdre 25% de sa valeur, on comprend bien la difficulté de la chose.
Les entreprises, et donc l'économie 'réelle', peuvent certes se couvrir 'à terme' contre de tels risques, avec l'aide d'intermédiaires financiers spécialisés dans ce domaine, qui assurent ainsi les entreprises contre de tels risques.
Des pompiers pyromanes, ou des assureurs spéculateurs.
Là où cela se complique, c'est quand les intermédiaires financiers, au lieu de jouer leur rôle d'assureurs économiques, et donc d'amortisseurs éventuels de fluctuations de changes ou de prix de matières premières, se transforment en spéculateurs.
Au lieu de tenter d'amortir ces chocs, ils vont jouer sur la volatilité de ces chocs- donc profiter d'une plus grande variation - en utilisant pour cela toute une panoplie d'instruments financiers, tous plus sophistiqués les uns que les autres.
Le seul trait commun de ces instruments est qu'ils sont - ou étaient - censés 'garantir' une rentabilité de 12 à 15%, alors même que l'économie réelle se traînait péniblement autour d'une croissance de 2 à 3%, en dehors de l'économie des pays comme l'Inde ou la Chine, pays dans lesquels les placements américains se sont fortement investis.
Une deuxième loi économique.
Nous en arrivons alors à notre deuxième loi, elle aussi de bon sens.
L'économie 'symbolique', celle des banques et des marchés financiers, ne peut croître durablement beaucoup plus vite que l'économie réelle. Certes le partage salaires-profits, ou salaires-rentes, peut évoluer en faveur des rentes, mais même cela a une limite.
Le corollaire de cette loi, c'est que lorsque le taux de rentabilité exigé par les investisseurs est 2 à 3 fois supérieur au taux de croissance de l'économie réelle, le système tout entier, symbolique et réel, ne peut que se dérégler, c'est que nous voyons en ce moment.
Que faudrait-il donc faire?
Ce diagnostic, somme toute de bon sens, étant fait, y a t-il des solutions?
Dans un système non totalitaire, on ne peut éviter les spéculateurs et la spéculation. On peut cependant éviter d'encourager ceux-ci, et d'alimenter celle-la, par exemple en empêchant les institutions financières d'être à la fois incendiaires et pompiers. D'où une séparation très nette qui devrait être imposée entre les banques de dépôts et tous les autres établissements financiers, la création monétaire étant systématiquement sous le contrôle explicite, direct ou indirect, d'une autorité 'régalienne', en principe au service de tous et non de quelques uns.
On peut ensuite encourager et développer les crédits inter-entreprises, lorsque les banques faillissent à leur rôle d'accompagnateurs éclairés de la vie et de la croissance des entreprises. On peut enfin interdire les taux usuraires pour les prêts, un taux 'usuraire' étant un taux trop éloigné de la croissance anticipée pour l'économie réelle. C'est ainsi que si l'on anticipe une croissance de 2%, et une inflation de 3%, ce qui correspond à un taux de base 'réel' de 5%, aucun prêt ne devrait être supérieur à 8 ou 10%, alorsque les taux actuels des prêts à la consommation peuvent aller jusqu'à 20%, ce qui n'est pas le plus sûr moyen de relancer la consommation, encore moins l'économie réelle.
Les experts ou prétendus tels, devant les soubresauts des marchés financiers, affirment doctement qu'on ne plus rien comprendre au fonctionnement actuel des marchés. Ce qui signifie, en fait, qu'eux, les experts, ne comprenant rien, ou ne voulant pas comprendre, il s'ensuit nécessairement que personne ne peut comprendre.
Les économistes et les financiers se sont déconsidérés eux-mêmes.
Ce sont pourtant les mêmes qui continuent à donner au 'petit peuple', sur tous les medias, des leçons d'économie. Ils n'ont même pas l'élémentaire bon sens de voir qu'en se faisant ils se tirent une balle dans le pied, en se décrédibilisant complètement. Ce ne serait pas si grave s'ils ne déconsidéraient pas, par là-même, l'économie concrète. On peut sans doute se passer d'économistes, voire oublier la plupart des prétendus lois de la science économique - qui n'est pas vraiment une science - mais nous avons besoin d'une économie concrète, réelle, qui fonctionne.
C'est quoi, une économie qui fonctionne?
Une première loi de bon sens. Quelque soit son contexte socio-politique, aucun système économique ne peut fonctionner si la production des biens et services consomme plus de ressources qu'elle n'en dégage.
Cela étant dit, le problème consiste à évaluer à la fois les ressources consommées et la richesse produite. Il s'agit ainsi, par exemple, de comparer des ressources fossiles (charbon, fer, petrole) à des produitrs manufacturés (automobiles, textiles). Pour faire cela, on est bien obligé de 'convertir' en bien étalon - la marchandise-étalon de Sraffa, plus concrètement en euros ou dollars ou yens - les ressources et les richesses produites.
Quand les différents marchés sont à peu près stables, cela ne pose pas un énorme problème.
En revanche, quand le baril de pétrole peut varier de 50% en quelques semaines, et l'euro contre dollar perdre 25% de sa valeur, on comprend bien la difficulté de la chose.
Les entreprises, et donc l'économie 'réelle', peuvent certes se couvrir 'à terme' contre de tels risques, avec l'aide d'intermédiaires financiers spécialisés dans ce domaine, qui assurent ainsi les entreprises contre de tels risques.
Des pompiers pyromanes, ou des assureurs spéculateurs.
Là où cela se complique, c'est quand les intermédiaires financiers, au lieu de jouer leur rôle d'assureurs économiques, et donc d'amortisseurs éventuels de fluctuations de changes ou de prix de matières premières, se transforment en spéculateurs.
Au lieu de tenter d'amortir ces chocs, ils vont jouer sur la volatilité de ces chocs- donc profiter d'une plus grande variation - en utilisant pour cela toute une panoplie d'instruments financiers, tous plus sophistiqués les uns que les autres.
Le seul trait commun de ces instruments est qu'ils sont - ou étaient - censés 'garantir' une rentabilité de 12 à 15%, alors même que l'économie réelle se traînait péniblement autour d'une croissance de 2 à 3%, en dehors de l'économie des pays comme l'Inde ou la Chine, pays dans lesquels les placements américains se sont fortement investis.
Une deuxième loi économique.
Nous en arrivons alors à notre deuxième loi, elle aussi de bon sens.
L'économie 'symbolique', celle des banques et des marchés financiers, ne peut croître durablement beaucoup plus vite que l'économie réelle. Certes le partage salaires-profits, ou salaires-rentes, peut évoluer en faveur des rentes, mais même cela a une limite.
Le corollaire de cette loi, c'est que lorsque le taux de rentabilité exigé par les investisseurs est 2 à 3 fois supérieur au taux de croissance de l'économie réelle, le système tout entier, symbolique et réel, ne peut que se dérégler, c'est que nous voyons en ce moment.
Que faudrait-il donc faire?
Ce diagnostic, somme toute de bon sens, étant fait, y a t-il des solutions?
Dans un système non totalitaire, on ne peut éviter les spéculateurs et la spéculation. On peut cependant éviter d'encourager ceux-ci, et d'alimenter celle-la, par exemple en empêchant les institutions financières d'être à la fois incendiaires et pompiers. D'où une séparation très nette qui devrait être imposée entre les banques de dépôts et tous les autres établissements financiers, la création monétaire étant systématiquement sous le contrôle explicite, direct ou indirect, d'une autorité 'régalienne', en principe au service de tous et non de quelques uns.
On peut ensuite encourager et développer les crédits inter-entreprises, lorsque les banques faillissent à leur rôle d'accompagnateurs éclairés de la vie et de la croissance des entreprises. On peut enfin interdire les taux usuraires pour les prêts, un taux 'usuraire' étant un taux trop éloigné de la croissance anticipée pour l'économie réelle. C'est ainsi que si l'on anticipe une croissance de 2%, et une inflation de 3%, ce qui correspond à un taux de base 'réel' de 5%, aucun prêt ne devrait être supérieur à 8 ou 10%, alorsque les taux actuels des prêts à la consommation peuvent aller jusqu'à 20%, ce qui n'est pas le plus sûr moyen de relancer la consommation, encore moins l'économie réelle.
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